Les matières premières sont au cœur des enjeux économiques et des conflits géopolitiques en cours. Entre les risques de pénuries, la concurrence en approvisionnement et les prix qui explosent, mettre en place une démarche visant à réduire sa vulnérabilité matières apparaît comme une décision hautement stratégique. Pour l’initier, il existe une méthode bien réfléchie par l’Ademe : le bilan matières.
Quel est le rôle des matières premières dans la construction de notre résilience ?
Face à l’urgence climatique, de nombreuses entreprises ont appris à mesurer leurs émissions des gaz à effet de serre et s’engagent à les réduire, afin de participer à l’effort collectif de la neutralité carbone. Pendant que les stratégies climatiques ont occupé beaucoup de place dans les départements RSE, un autre problème a émergé : celui de la disponibilité des ressources.
Dans un monde où certaines matières premières, notamment les métaux, se font rares et leur utilisation ne cesse de croître, le sujet d’approvisionnement devient hautement stratégique pour toute industrie de transformation, quelle que soit sa taille. Et bien que les différentes réglementations promouvant l’économie circulaire (à l’instar de la loi AGEC) obligent les entreprises à réfléchir sur la question, c’est surtout la nécessité physique, économique et politique qui les pousse aujourd’hui à construire des stratégies lucides et durables.
De multiples méthodes et approches peuvent être utiles, selon le profil et le niveau d’engagement d’une entreprise. Les politiques d’achats responsables, les analyses du cycle de vie menant à l’éco-conception de produits, le management environnemental ou les initiatives de l’écologie industrielle et territoriale apportent tous des éléments de réponse précieux pour la gestion des ressources. Mais il existe également une méthode peu connue et peu compliquée à mettre en place : le bilan matières.
Formalisé par l’Ademe en 2020, se voulant une sorte d’équivalent du bilan des émissions des gaz à effet de serre (BEGES), le bilan matières répond à deux enjeux majeurs pour les entreprises industrielles de transformation. Il vise notamment à améliorer l’efficience d’utilisation de matières dans les pratiques de production (faire mieux avec moins) et à réduire la vulnérabilité liée aux risques d’approvisionnement.
Comment améliorer son efficience matières ?
Le premier volet de la méthode consiste en une analyse de nos propres flux de production, afin d’identifier des dysfonctionnements éventuels, de trouver les optimisations à y apporter et de maîtriser les volumes des matières.
La démarche commence par un inventaire des matières utilisées dans différents processus de production (leurs volumes et pertes), suivi d’une évaluation de la criticité des matières. En croisant les niveaux d’enjeux et la maturité, on obtient des matrices de criticité de chaque matière. Par la suite, on modélise les différents flux internes de matières critiques, pour établir une cartographie complète, comprenant à la fois les volumes physiques et les valeurs financières des matières étudiées.
Grâce à cette image détaillée de la production, on peut analyser l’efficience des matières utilisées, en calculant les taux et les coûts des pertes et en identifiant leurs causes et leurs origines, qu’elles soient organisationnelles, opérationnelles ou techniques. Sur cette base, on identifie les pistes d’amélioration, les opportunités internes et externes (par exemple grâce à la démarche de l’écologie industrielle et territoriale – EIT, promouvant les synergies locales entre entreprises travaillant dans les mêmes zones géographiques) et on fixe les objectifs.
Comment réduire sa vulnérabilité matières ?
Le deuxième volet du bilan matières nous fait sortir de nos propres opérations, pour regarder notre fonctionnement par un angle de vue plus large. Cette approche croise les différentes analyses que les entreprises peuvent mener par ailleurs, telles que la cartographie de la chaîne de valeur, l’analyse des risques (notamment climatiques), ou l’analyse de la double matérialité.
L’intérêt de la méthode consiste à la fois en sa relative simplicité et, en même temps, en sa prise en compte des facteurs et données provenant de différents registres : climatiques, géologiques, technologiques, économiques ou géopolitiques.
Comme précédemment, on évalue d’abord la criticité de chaque matière. Est-elle stratégique pour mon activité ? En suis-je dépendant ? D’où provient-elle ? Y-a-t-il des restrictions réglementaires (présentes ou à venir) concernant son utilisation ? Comment le marché des prix est-il structuré et subit-il des fluctuations importantes ?
Pour mesurer la vulnérabilité, on regarde également à la loupe nos fournisseurs. Sont-ils diversifiés géographiquement et économiquement ? Y a-t-il des monopoles ? Quelles sont mes relations avec eux ? Suis-je dans une relation de force, de faiblesse, ou bien notre partenariat est-il équilibré ?
Il est également important de connaître les tendances sur les marchés des matières, les secteurs concurrents à leur utilisation, les enjeux politiques, les risques de pénuries, les préférences des consommateurs. C’est aussi une bonne occasion d’analyser la place de chaque matière de notre production. Est-elle substituable ? Quelle part de mon chiffre d’affaires en dépend ? Est-elle compatible avec mes engagements climatiques, environnementaux et sociaux ?
PINK Strategy vous guide grâce aux compétences croisées
Bien que la méthode bilan matières soit assez simple et logique, elle nécessite une participation active de différents corps de métiers au sein de l’entreprise, ainsi qu’une recherche documentaire et opérationnelle poussée sur différents sujets. C’est là où les équipes de PINK Strategy peuvent vous être utiles. Nos expertises croisant les analyses du cycle de vie et l’écoconception, la gestion d’actifs et les analyses des risques climatiques, ainsi que les études géopolitiques et la connaissance des marchés des matières critiques nous permettent d’effectuer des bilans matières complets, multi-critères et ambitieux.